Peut-on être de droite sans être un dur sur la migration?

La session spéciale «migration» de mercredi dernier au Parlement se résume aisément. L’UDC exige un renforcement accru aux frontières et dénonce la chienlit de l’espace Schengen. Il n’y a plus de frontières, mais une passoire. La gauche, le PS et les Verts demandent l’augmentation des moyens pour l’aide au développement, afin que les migrants restent chez eux, et un soutien à ces démocraties en construction. Notamment celles du Printemps arabe. Et le centre? Et le PDC et le PLR? Là, c’est tout de suite plus compliqué. Les deux partis tentent de ménager la chèvre et le chou. De se montrer intransigeants tout en articulant un discours d’ouverture.

Fulvio Pelli avait fait forte impression lors du dernier congrès du PLR. Reste à savoir si la silhouette qu'il a dessinée pour les élections d'octobre séduira son électorat.

Cette quadrature du cercle est parfaitement illustrée par la récente position du PLR dans son papier «Immigration pragmatique» qui a tant divisé le parti. Notamment lors de son récent Congrès de Zurich (en février), où libéraux-radicaux romands et alémaniques se sont affrontés. Le président du PLR Fulvio Pelli avait alors fait des merveilles dans un discours en deux langues pour argumenter ce «juste mais ferme» qui lui sert de leitmotiv et qui légitime les deux camps.

En français, l’habile Tessinois exprime l’ouverture, les apports positifs de l’immigration et prend ces accents humanistes qui plaisent tant aux nostalgiques de Jean-Pascal Delamuraz.

En français, l’habile Tessinois exprime l’ouverture, les apports positifs de l’immigration et prend ces accents humanistes qui plaisent tant aux nostalgiques de Jean-Pascal Delamuraz. Auf Deutsch, en revanche, Fulvio Pelli réaffirme le besoin de contrôle et de limitation dans une tonalité parodiée de Philipp Müller, surnommé «M.18%» et père de l’initiative «Maximum 18% d’étrangers», rejetée en 2000.

C’est la version hard liner qui l’a emportée et qui donne désormais le «la» au PLR. Bander le muscle. Se montrer rigoriste et intraitable en matière d’immigration. Tout en prônant la libre circulation des personnes dont l’économie suisse ne cesse de se féliciter. Le PLR a choisi un pragmatisme que la France de Sarkozy appelle «l’immigration choisie». Quand bien même 64% de la population étrangère résidente en Suisse provient d’Etats membres de l’UE-27 ou de l’AELE. Et n’est, de fait, que peu concernée. Dans cet entre-deux, le PLR s’expose aux attaques des pôles de la politique suisse. La gauche crie au suivisme et à la blochérisation du Grand vieux parti. Et l’UDC souligne avec plaisir que le PLR se contente d’ignorer 64% du souci des Suisses et qu’il ne propose que des solutions partielles.

Aussi le PLR fait ainsi un vrai pari électoraliste en allant sur les terres du discours rigoriste de «l’immigration choisie». A-t-il été bien inspiré? Des cantons à forte activité transfrontalière en font une autre expérience au quotidien. Ainsi à Genève, si le Mouvement Citoyens Genevois (MCG) ne s’épargne aucune dénonciation de la criminalité étrangère, il fait surtout feu de tout bois avec les frontaliers. Ces travailleurs étrangers justement choisis par l’économie, et auxquel l’électorat du MCG attribue grande partie des maux de son canton. Idem au Tessin, où la Lega s’appuie aussi sur la peur de l’Italie voisine. L’immigration choisie semble donc aussi source de croissance pour les partis contestataires.

Mercredi, le PLR – comme les autres partis d’ailleurs – s’est plié à l’exercice déclamatoire du débat inutile sur la politique migratoire, mais qui sert surtout à prendre à témoin l’opinion publique. Certains élus romands du PLR ont fait le poing dans la poche, convaincus que thématiser avec force l’immigration sur laquelle les derniers sondages ne donnent au PLR que 6% de compétence (même le PS est considéré comme plus crédible avec 10%), tient du suicide dans les urnes.

Les résultats au soir des élections fédérales – le 23 octobre octobre – décideront si le pari hard liner valait le sacrifice d’une partie des valeurs du libéralisme. Et si cette «droite gentille» qu’incarnent surtout (mais pas exclusivement) les Romands est définitivement obsolète. Les plus désabusés des libéraux-radicaux se demandent même s’il est encore possible d’être de droite sans un être un dur sur les questions migratoires.