Elections fédérales en Suisse alémanique : le citoyen aime le débat politique par procuration

La Suisse est-elle «le seul pays au monde où l’on vote pour que rien de change», pour reprendre le message d’un récent dessin de presse? La faible participation aux élections fédérales de ce dimanche et la distance apparente avec laquelle la population a vécu la campagne tendent à accréditer cette idée. La vérité est pourtant plus nuancée, si l’on en juge par le verdict déposé par les citoyens, visiblement peu sensibles aux moyens engagés par les partis, UDC en tête, pour galvaniser les esprits.

Les Suisses alémaniques n’aiment pas qu’on leur dicte leur comportement. C’est l’avertissement sorti des urnes ce dimanche.

Les élections fédérales 2011 n’ont mobilisé que 48% des Suisses alors qu’à Saint-Gall, l’Olma a accueilli plus de 380’000 visiteurs, nouveau record. La foire agricole attirerait plus que le renouvellement du Parlement. Est-ce de l’indifférence, du dépit? En Suisse alémanique comme en Suisse romande, il n’est pas rare d’entendre les gens dire que personne dans les listes électorales ne peut valablement représenter ses idées et ses intérêts.

Même ceux qui ont déposé leur liste dans l’urne se disent parfois surpris de leur manque d’enthousiasme. «J’ai voté, mais je suis passé à côté de la campagne, alors que je suis conscient de l’enjeu».

Un commentaire qui pourrait résumer l’impression générale à Berne, ville qui pourtant abrite les plus hautes autorités de la Confédération. La vérité est un peu plus complexe. L’électeur alémanique nous dit en fait: voter est déjà pas mal! De là à vouloir convaincre des amis ou, pire, à défendre des idées en public, il y a un pas qu’il ne franchit pas, une action qu’il délègue volontiers aux personnes directement impliquées et aux médias. Voilà l’explication.

L’intérêt pour la chose politique est réel, mais il est confié aux «spécialistes». Preuve en est, les «Arena» politiques fleurissent sur les chaînes publiques et privées de langue allemande. Même s’il ne quitte pas les studios pour gagner la rue, le débat a lieu. Il est bien suivi par la population, qui préfère toutefois le suivre le loin, confortablement installée devant son téléviseur, son écran, sa radio ou derrière son journal.

Pourtant, jamais campagne fédérale n’a donné lieu à autant d’efforts de mobilisation directe. Les moyens déployés par la seule UDC paraissaient devoir convaincre les plus récalcitrants à déposer une liste, par adhésion ou par opposition. A Zurich, Berne, Bâle et Lucerne, dans toutes les gares centrales des grandes villes alémaniques, le parti aux riches mécènes a occupé pratiquement les trois quarts de l’espace publicitaire pour amener les électeurs à «stopper l’immigration massive». Un slogan au demeurant porteur, puisque la nouvelle initiative qui lui est associée affichait déjà 120’000 signatures avant le verdict de dimanche.

Las, l’UDC n’a pas capitalisé son investissement au niveau électoral. La participation est restée sur son niveau de 2007. Et les Suisses qui se sont exprimés ont montré que le fait de signer une initiative ne signifie pas automatiquement qu’ils adhèrent à l’ensemble du programme et au style du parti qui en est le parrain.

Les Suisses alémaniques n’aiment pas qu’on leur dicte leur comportement. C’est l’avertissement sorti des urnes ce dimanche. L’UDC reste bien le plus grand parti du pays, celui qui a investi le plus d’argent dans la campagne, mais il n’est plus le vainqueur éclatant du grand scrutin populaire national. Après avoir volé de succès en succès depuis 1999, il n’est pas parvenu à la marque des 30% tant ambitionnée. Il perd au contraire des sièges au Conseil national. Il rate également, au profit de la gauche – du moins dans un premier temps et sous réserve d’un complet renversement de situation au deuxième tour –, sa conquête du «Stöckli», comme on dit ici, soit l’entrée en force au Conseil des Etats qu’il appelle de ses vœux depuis près de 12 ans, en couronnement des victoires accumulées à la chambre basse.

Les élections 2011 ont consacré l’émergence des nouveaux partis, avec le net renforcement des Vert’libéraux et l’arrivée en force du Parti bourgeois démocratique, dont c’était les premières élections fédérales depuis sa scission d’avec l’UDC. Ensemble, les Vert’lib’ et le PBD affichent une force électorale de presque 10%.

Les partis gouvernementaux, de l’UDC au Parti socialiste en passant par les partis du centre qui ont le plus pâti de l’émergence des nouveaux venus, ne manqueront de convoiter les votes de ces nouveaux élus dans la perspective de l’élection au Conseil fédéral du 14 décembre. Mais au profit de qui? Les Vert’lib’ et le PBD, peu ou pas représentés en Suisse romande, sont réputés proches des idées de l’UDC en terre alémanique.

Il pourrait être plus difficile à la gauche et aux partis modérés du centre d’imposer leurs vues et de réitérer le coup de force qui a permis l’éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral à fin 2007.

Autrement dit, il sera plus difficile, en ce mois de décembre 2011, de s’opposer aux revendications de l’UDC, dont on sait qu’elle veut un deuxième représentant au gouvernement aux côtés d’Ueli Maurer. En même temps, chacun se plaît à reconnaître les mérites d’Evelyne Widmer-Schlumpf. Voilà un nouvel épisode qui va intéresser le citoyen alémanique au plus haut point, désormais qu’il peut suivre la chose à bonne distance, par élus et médias interposés, sans devoir quitter son salon.

4 Comments sur «Elections fédérales en Suisse alémanique : le citoyen aime le débat politique par procuration»

  • Schneeberger says:

    Ich freue mich, dass die absolut penetrante SVP-Werbung, die streubombenmässig ganze Landstriche und ganze Bahnhöfe verunstaltete, einige Wählende von der SVP weggetrieben hat.
    Die SVP soll ihren zweiten Bundesrat ruhig haben. Aber die neue Mitte soll und wird auch eine(n) haben: Evelyne Widmer-Schlumpf. Dafür hat Schneider-Ammann wohl schon ausgedient. Dieser Mann als Realsatire seiner selbst wäre sicher wieder wohler als Unternehmer denn als Magistrat. Hört euch mal das echte (!) Interview im Link an…

  • Walter Bossert says:

    Wie ich vorher schon vermutet habe war diese abgedroschene Art der Wahlwerbung für die Katze.Hätte die SVP den Gleichen Betrag, welcher sie für die Plakate und die elektronischen Werbeträger ausgegeben, hat mit Unterstützung durch die Presse in Fotovoltaikanlagen auf Scheunendächern investiert, hätte sie 5% Wähler dazu gewonnen!

  • fischer sagt says:

    Schön zu wissen das die Bürger doch noch etwas mündig geworden sind und der SVP keinerlei Mehrheiten mehr beschaffft haben. Ein weiteres Dillema wird es doch noch bei Bundesratwahlen geben, na dann Prost, SVP¨Da helfen auch keine verpflasterten Wände in der Wandhalle, oder gar öffentliche Debatten, wer nun Bundesrat wird, auch weiblich gemeint.

  • Die Aussage: “Die Schweiz ist das einzige Land wo man waehlen geht, damit sich nichts aendert” habe ich absolut als treffsicher empfunden! Als Auslandschweizerin habe ich auch gewaehlt.. und weiss auch, dass sich praktisch nichts aendert!

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