De combien d’amis un politicien a-t-il besoin?

On dit que la campagne électorale de 2011 serait la première campagne via les médias sociaux en Suisse. Mais est-ce que nous voulons vraiment des politiciens cherchant à s’attirer nos faveurs sur Facebook?

S’il existait le titre d’un Mister ou Miss média social pour les parlementaires, Barbara Schmid-Federer, conseillère nationale PDC de Männerdorf (ZH), figurerait parmi les grandes favorites. En effet, selon un récent livre du politologue Mark Balsiger, la séduisante quadragénaire, incontestablement très habile avec les médias, doit en grande partie son élection de 2007 au Conseil national à sa campagne sur internet. Et après avoir franchi le pas au Parlement sans avoir jamais exercé de fonction politique auparavant, elle est plus que jamais présente sur tous les canaux médiatiques. Elle tient son propre site web avec des mises à jour régulières. On peut lui envoyer des poke sur Facebook. On la trouve sur le réseau professionnel Xing et sur Youtube. On peut skyper avec elle en tête-à-tête. Et bien sûr, en tant que fervente utilisatrice des réseaux, Mme Schidt-Federer blogue et twitte aussi.

La campagne électorale de 2011 va-t-elle devenir la première campagne de médias sociaux en Suisse?

Video de Schmid-Federer.

Ceci dit, on peut se demander si tous ces canaux de communication laissent suffisamment de temps pour travailler.

Pourtant, cette question ne se pose apparemment pas – du moins pas pour Barbara Schmidt-Federer. En règle générale, la conseillère nationale PDC ne passe que quelques minutes par jour sur les réseaux sociaux, assure-t-elle. Et même si elle prend part à des discussions et poste des commentaires, le temps consacré n’est pas très important. Par contre, il y a quatre ans, elle a du fournir un effort considérable lorsqu’elle a créé son propre site web: à cette époque, elle a passé des semaines à préparer des textes et des photos.

La Zurichoise est une pionnière des médias sociaux parmi les politiciens suisses; elle a été l’une des premières à miser vraiment sur la campagne électorale en ligne. Aujourd’hui, en particulier durant cette année électorale, les politiciens n’osent pas trop renoncer au prétendu booster de popularité qu’est internet. Quatre-vingt pour cent des parlementaires ont leur propre site web et plus de la moitié d’entre eux ont un profil Facebook. Par exemple, Natalie Rickli, UDC zurichoise, a ainsi déjà 5000 amis; c’est peut-être aussi parce que sur internet elle se présente plus comme une star de variété patriotique que comme une politicienne qui potasse ses dossiers.

Le président du PS Christian Levrat, pour citer un autre exemple, confiait il y a quelques jours à 24 heures et à la Tribune de Genève qu’il utilisait maintenant son profil Facebook pour mobiliser la base rapidement et facilement, en quelque sorte comme un instrument de gestion; il peut aussi se vanter d’avoir 5000 sympathisants.

La campagne électorale de 2011 va-t-elle devenir la première campagne de médias sociaux en Suisse? Les politiciens qui se posent cette question devraient aussi réfléchir aux erreurs que l’on peut commettre sur les réseaux. Daniel Heller, libéral-radical argovien, a fourni la semaine dernière un exemple concret. Il a d’abord critiqué la Conseillère fédérale Doris Leuthard sur son profil Facebook («n’est pas à la hauteur», «comme Sarah Palin»). Il a ensuite essayé d’effacer ses propos calomnieux, puis il a menti, accusant un hacker d’être responsable de ces lignes. Finalement, il a tout avoué lorsque l’Aargauer Zeitung l’a démasqué. Daniel Heller aura maudit la semaine dernière la révolution des médias sociaux – et peut-être demandé à ses enfants de lui expliquer le fonctionnement exact de Facebook.

Le soutien aux partis grâce au bouton «like» de Facebook, des déclarations politiques sur les messageries instantanées: en vue de la conjoncture des médias sociaux dans la politique locale, on s’étonne presque qu’il existe encore des profils Facebook comme celui de Verena Diener. La conseillère aux Etats (Verts/ZH) ne compte que 19 amis – et apparemment cela ne la dérange pas. Plutôt cool, je trouve.

Mais qu’en dites-vous, Chers Lecteurs? Un politicien doit-il être présent sur les réseaux sociaux afin d’attirer les voix des électeurs? Un politicien a-t-il besoin d’avoir des amis sur Facebook? Ou ne serait-il pas mieux d’avoir une politique bien réelle qui s’occupe des électeurs?