Une politique minée

La stratégie élaborée par l’UDC pour les élections fédérales laisse pantois: les autres partis ne peuvent que perdre. En élisant Thomas Aeschi, ils placent un proche de Blocher au Conseil fédéral. En élisant Guy Parmelin, ils offrent au parti une vitrine en Suisse romande, un principe qui vaut également pour Norman Gobbi au Tessin. Et s’ils ne choisissent aucun des trois candidats officiels, l’UDC pourra trépigner jusqu’aux prochaines élections.

La recette de l’UDC est simple: elle pratique la politique du plus fort dans son sens le plus profond, en s’assurant que le prix politique à payer par les autres acteurs pour faire passer leur option favorite sera le plus élevé possible. Il n’y a ici rien d’atypique pour la politique suisse: chaque menace de référendum, chaque nouvelle initiative constituent une tentative d’amener les autres partis à collaborer. Face au risque d’une coûteuse bataille électorale et d’une défaite devant les urnes, il semble tout à coup préférable de céder.

Au lieu de se contenter de barrer aux autres partis leur route préférée, tout en leur offrant une porte de sortie confortable, l’UDC leur a ainsi construit un labyrinthe miné.

Guy Parmelin, conseiller national et candidat au conseil federal, se gratte la tete, lors de l'assemblee des delegues de l'Union Democratique du Centre, UDC, Suisse ce samedi 31 octobre 2015 a la Halle de la Tronchenaz a Villeneuve, Vaud. (KEYSTONE/Laurent Gillieron)

(Foto: Laurent Gillieron/Keystone)

L’UDC est toutefois prête à pousser ce jeu plus loin que les autres partis. Elle a fait en sorte que le coût de l’élection d’un candidat sauvage soit élevé, tout comme celui de l’élection d’un candidat officiel. L’élection de Heinz Brand, reconnu et apprécié au-delà des frontières de son parti, n’aurait pas exigé de capitulation de la part des autres partis. Si ceux-ci portent leur choix sur l’un des hommes proposés par l’UDC, leur soumission à la pression du parti apparaîtra alors clairement. Au lieu de se contenter de barrer aux autres partis leur route préférée, tout en leur offrant une porte de sortie confortable, l’UDC leur a ainsi construit un labyrinthe miné.

Ce faisant, l’UDC elle-même prend le risque de se retrouver sans deuxième conseiller fédéral. Il est possible que ce pari soit gagnant. Le PLR dans tous les cas semble résigné lorsqu’il indique qu’il votera pour l’un des trois candidats officiels, même si ce choix ne suscite aucun enthousiasme.

Mais pourquoi l’UDC ne choisit-elle pas la voie de la sécurité? Impossible d’aller jusqu’à conclure que l’UDC ne voulait en fait pas de ce deuxième siège. Mais elle semble clairement prête à placer la ligne du parti au-dessus de tout, y compris des susceptibilités et ambitions de ses membres les plus en vue.

Quelles options s’offrent aux autres partis? Pour que l’UDC abandonne sa doctrine d’exclusion du parti, ils doivent faire en sorte que le coût de s’y tenir augmente. Elire Heinz Brand pourrait être un moyen d’y parvenir. En effet, empêcher ce spécialiste de l’asile d’accéder au Conseil fédéral susciterait sans aucun doute l’incompréhension de la base de l’UDC. Et même si la tête du parti ne devait pas donner son feu vert à M. Brand, les autres partis seraient parvenus à confondre l’UDC.
Mais si Heinz Brand devait refuser son élection, que se passerait-il alors dans les tours suivants? Il est probable que les stratèges de partis jonglent en ce moment avec différents scénarios. L’un d’entre eux leur convient-il? Nous le saurons le 9 décembre.