Un silence nuisible

Provoquer. Scandaliser. Déstabiliser. L’UDC sait exactement comment fonctionne une campagne politique à succès. Actuellement, le parti s’adonne à l’exploitation de l’indignation envers les réfugiés érythréens. Il les dénigre globalement comme des émigrés économiques, dénonce leurs voyages à l’étranger et critique la situation des droits de l’Homme en Erythrée, qui est dramatique, et cela par toutes sortes de demi-vérités. Il réussit ainsi à détourner le centre de l’attention qui, au lieu de porter sur le drame actuel des bateaux en Méditerranée – auquel toute personne ayant un peu d’empathie ne sera pas indifférente –, se focalise sur le soi-disant chaos dans le domaine de l’asile en Suisse.

Néanmoins, une chose est sûre: actuellement, le plus grand groupe de migrants en Suisse arrive d’Erythrée.

Un réfugié érythréen  avec sa fille après leur arrivée en Sicile.

Un réfugié érythréen avec sa fille après leur arrivée en Sicile.

Et que font les autres partis et les autorités contre cette campagne? Ils se cachent la tête dans le sable. Car le politiquement correct interdit d’intervenir dans un débat critique sur le droit d’asile. Mais, en tenant leur langue, ils aident volontairement un parti qui souhaite remporter les élections à l’automne par un froid calcul. En refusant cette discussion, les autorités et les autres partis politiques portent finalement préjudice à ceux qu’ils croient protéger: les réfugiés, qui eux-mêmes ne disposent pas du droit de vote.

Le succès des campagnes de l’UDC repose sur les peurs diffuses. Une grande partie de l’électorat de ce parti est constituée de personnes qui n’ont pas confiance en «ceux qui sont là-haut à Berne». C’est pourquoi les autorités devraient intervenir, et notamment le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM): il dispose de chiffres et de faits nécessaires à l’établissement d’une discussion factuelle et pour mettre fin aux préjugés. Mais, au lieu d’informer de manière proactive et transparente, le SEM reste en retrait de la discussion publique et espère que la tempête passe.

Néanmoins, une chose est sûre: actuellement, le plus grand groupe de migrants en Suisse arrive d’Erythrée. Des questions légitimes se posent et elles devraient être discutées en dehors de toute polémique. Par exemple, quelle base sert à évaluer la situation des pays d’origine des réfugiés? Quelles sont les mesures prises à l’encontre des organisateurs présumés de voyages illégaux vers l’Erythrée? Comment les autorités souhaitent-elles procéder contre ce phénomène? La critique des cantons à l’encontre de la Confédération, selon laquelle cette dernière accepte trop généreusement les demandes des réfugiés pour les voyages à l’étranger, est-elle justifiée?

Clarifier. Faire la différence. Relativiser. Grâce à cette stratégie, les autorités responsables de l’immigration pourraient désarmer les fauteurs de troubles. Veronica Almedom, activiste érythréenne qui a grandi à Genève, explique: «Les Suisses ne savent rien sur l’Érythrée, comment le pourraient-ils? Et en même temps, ils entendent constamment les complaintes de l’UDC.» C’est un mélange dangereux. Elle a raison: les campagnes polémiques ne prennent pas auprès des citoyens informés.