Interdiction de travail ou obligation d’intégration?

Les personnes dont la demande d’asile a été acceptée et qui bénéficient donc d’un statut de réfugié (ou tout du moins de personne admise à titre provisoire) devraient travailler. C’est ce qu’a récemment déclaré le président de l’UDC, Toni Brunner, à la «Sonntags-Zeitung». Faire la plonge et le ménage étant à la portée de tout le monde, les prestations d’assistance devraient être supprimées à ceux qui se défilent, la fainéantise méritant d’être sanctionnée. L’UDC prévoit d’ailleurs de déposer des interventions en ce sens lors de la session de printemps.

La véhémence dont fait preuve l’UDC n’est pas nécessaire. Les forces pragmatiques s’accordent en effet depuis longtemps sur le fait que les requérants d’asile doivent travailler, de préférence le plus rapidement possible. Les avantages seraient nombreux: les demandeurs hautement qualifiés tels que les ingénieurs ou les scientifiques représentent une main d’œuvre très recherchée. De façon générale, quel que soit leur niveau de formation, les réfugiés seraient accueillis à bras ouverts par le marché du travail suisse dès que le pourcentage de retraités aura dépassé celui des actifs et que les restrictions à l’immigration dues à l’initiative contre l’immigration de masse seront entrées en vigueur. En outre, l’Etat social est moins sollicité lorsque les migrants peuvent subvenir à leurs propres besoins: ils génèrent alors moins de coûts, notamment en termes d’accompagnement ou de prestations médicales.

Seuls l’UDC et le PLR avaient émis des réserves, de peur que la Suisse devienne une terre d’asile encore plus attrayante.

 Des requérant d'asile travaillent sur un sentier de randonnée dans le canton de Schwyz ( août 2006). Image/ Gaëtan Bally/Keystone

Des requérants d’asile travaillent sur un sentier de randonnée dans le canton de Schwyz ( août 2006). Image/ Gaëtan Bally/Keystone

Les avantages d’une intégration sur le marché du travail se sont récemment retrouvés au cœur de l’attention. En effet, la Confédération – et dans une certaine mesure, les cantons – semblent se détacher du mythe selon lequel l’autorisation de travailler accroît l’attrait de la Suisse en tant que terre d’asile. Qu’une autorisation de travail soit délivrée immédiatement ou après un délai d’attente, la Suisse est un pays attrayant.

En collaboration avec des associations issues du tourisme et de l’agriculture, la Confédération travaille depuis longtemps à des projets permettant aux réfugiés et aux personnes admises à titre provisoire de travailler. Au printemps, l’Union suisse des paysans lancera d’ailleurs un projet dont la phase pilote intégrera douze exploitations agricoles. La Confédération souhaite également assouplir l’interdiction de travailler qui s’applique aux personnes dont la demande d’asile est en cours, pour autant qu’elles soient attribuées à un canton. Cette proposition fut saluée par la majorité durant la procédure de consultation relative aux adaptations législatives qui en découlent. Seuls l’UDC et le PLR avaient émis des réserves, de peur que la Suisse devienne une terre d’asile encore plus attrayante.

En résumé, Toni Brunner et l’UDC ne souhaitent pas que les requérants d’asile obtiennent le droit de travailler. On soupçonne les réfugiés de se sentir trop à l’aise ou d’avoir une raison de plus de choisir la Suisse comme destination avant de quitter leur pays d’origine. Néanmoins, s’ils devaient être acceptés, même provisoirement (ce qui conduit souvent à un séjour permanent), alors ils devraient travailler, et ce de suite, sous peine de se voir couper des prestations d’assistance pour «fainéantise». Toni Brunner occulte totalement le fait que la recherche d’un emploi est plus difficile pour les personnes qui n’ont eu d’autre occupation que de jouer aux cartes ou de fixer le plafond d’un abri de protection civile durant des mois, voire des années. Par ailleurs, l’Union suisse des paysans se félicite du projet d’intégration sur le marché du travail des 14 000 personnes séjournant en Suisse et qui sont aptes à travailler dans les champs ou les vignes. Il semblerait que Toni Brunner ait dû passer à l’offensive pour éviter que l’on lui reproche une double morale si son exploitation devait un jour employer des réfugiés, dilemme auquel avait été confronté le conseiller national zurichois Hans Fehr.

Hans Fehr, qui se montre intransigeant sur les questions touchant à l’asile, avait employé une requérante serbe comme femme de ménage chez lui à Eglisau, ce qui avait fait un tollé lorsque l’affaire avait été rendue publique. Toni Brunner a pris toutes les précautions: si des réfugiés devaient prochainement travailler sur sa ferme, l’opinion publique sait d’ores et déjà que le président de l’UDC y est favorable.