La crise en Ukraine renforce la nécessité d’acquérir le Gripen

Avant de remplir leur bulletin de vote lors du plébiscite du 18 mai portant sur l’achat de 22 Gripen E, les citoyens caressant l’idée de mettre un «non» dans l’urne feraient bien de lire l’analyse «Die neue europäische Realität – Umschwenken auf Konfrontationskurs» («La nouvelle réalité européenne: vers une confrontation») de Jonas Grätz, Senior Researcher au Center for Security Studies de l’EPFZ. Dans cet essai, l’auteur parvient à la conclusion que «la Russie, par son action et son attitude, a replacé l’intervention militaire – comme moyen éprouvé de politique européenne – en tête de l’ordre du jour». Il ajoute aussi que «l’Europe, pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, se trouve confrontée à un défi stratégique sérieux».

Christian Levrat, président du PS et opposant au Gripen, dresse lui aussi le même constat dans une interview accordée à la presse du dimanche. Dans le contexte de la crise de Crimée, il se montre alarmiste: «Imaginez: pour la première fois depuis la chute du mur de Berlin, nous sommes face à un réel danger de guerre entre l’est et l’ouest. L’OSCE, avec en tête le conseiller fédéral Didier Burkhalter, tente d’œuvrer pour la paix.» Une déclaration qui montre que Christian Levrat reconnaît la gravité de la situation en Europe. Il lui manque seulement la force et la volonté de tirer les conséquences nécessaires de ce constat afin d’amorcer un volte-face en changeant la politique de sécurité du PS.

Aujourd’hui, toute nation qui se respecte ne peut abandonner sciemment ses forces aériennes et œuvrer à son propre désarmement.

Un  Gripen C sur le tarmac de l’aérodrome d’Emmen en avril 2013. (Image Urs Flüeler/Keystone).

Un Gripen C sur le tarmac de l’aérodrome d’Emmen en avril 2013. (Image Urs Flüeler/Keystone).

Bien en prendrait au PS suisse de profiter des évolutions géostratégiques et militaro-politiques actuelles en Europe pour remettre en question sa prise de position datant des congrès du parti en 2010, à savoir l’abolition de notre armée. Les collègues suédois ont quant à eux conclu que la Suède nécessitait une réorientation fondamentale de ses efforts en matière de défense. Selon les déclarations de Stefan Löfven, chef de l’opposition sociale-démocrate, on semble s’éloigner des interventions internationales pour revenir à une défense nationale traditionnelle. Il critique vivement le manque flagrant de moyens pour la défense du pays et demande au gouvernement conservateur (!) un changement immédiat de sa politique de défense. Vu la tournure surprenante que prennent les événements en Ukraine, celui-ci s’est déclaré prêt à le faire. Les discussions actuelles concernant une commande de sous-marins en témoignent: les effectifs devraient passer de 2 à 5 (!) unités et le budget de la défense devrait être massivement augmenté.

Du fait de la crise en Ukraine, mais aussi de la réorientation de la politique de sécurité prévue par de nombreux états européens, la Suisse ferait bien de se préparer à toute éventualité, ce qui sous-entend aussi l’achat du Gripen E. Renoncer à cet avion de combat marquerait la première étape de l’abolition de nos forces aériennes et, en aval, celle de notre armée. Sans forces aériennes puissantes pour surveiller et contrôler notre espace aérien, il est illusoire de croire à la fiabilité d’un réseau national de sécurité assurant la protection, le sauvetage et la défense au sol. C’est ce qu’ont clairement démontré tous les récents conflits dans le monde.

En cas de rejet, et dès 2025, la Suisse ne disposera plus d’avions de combat pour le service de police aérienne en temps de paix et pour assurer le contrôle de notre espace aérien en situation de conflit. Utilisés de manière plus intensive, les F/A-18 arriveront plus rapidement en fin de vie. Aujourd’hui, toute nation qui se respecte ne peut abandonner sciemment ses forces aériennes et œuvrer à son propre désarmement. Exception faite des abolitionnistes du PS, du GSsA et des Verts, nous savons tous qu’on ne peut pas garantir la sécurité d’un territoire et la protection d’une population sans une défense aérienne crédible.