Non aux milliards pour les avions de chasse au détriment de l’AVS et de l’AI

La demande de référendum contre l’avion de chasse Gripen a rapidement abouti. En moins de 60 jours, près de 80 000 personnes l’ont signé. Ainsi, le peuple votera probablement en mai prochain pour ou contre les milliards à investir dans les avions de chasse. Et cela à juste titre.

Il y a trois raisons principales pour lesquelles l’achat de 22 Gripen doit être rejeté. Premièrement, ces milliards peuvent être mieux dépensés dans d’autres domaines. Deuxièmement, sur le plan de la politique de sécurité, nous n’avons pas besoin de nouveaux avions de chasse. Et troisièmement, le Gripen est un projet à haut risque.

Examinons le premier point: les nouveaux avions de chasse coûteraient plus de trois milliards de francs. S’y ajoutent d’autres sommes importantes, appelées «coûts de cycle de vie». Au total, nous parlons d’environ 9 milliards de francs suisses. Il y a quelques années seulement, les avions de chasse F/A-18 ont été remis à niveau pour des centaines de millions de francs. A une époque où l’éducation doit se serrer la ceinture, où des élèves sont envoyés en vacances forcées, où les budgets de l’AVS, de l’AI et des transports publics sont réduits, de tels coûts sont du pur gaspillage et de ce fait inacceptables. L’achat des Gripen entraînera également des réductions de budget dans d’autres domaines de la sécurité. Ainsi, il serait bien plus utile que notre pays investisse davantage dans le domaine de la cybersécurité. Car c’est dans ce secteur que résident les principaux risques de sécurité de l’avenir. Si la Suisse n’est pas en mesure de suivre le rythme dans le domaine de la cyberdéfense, notre sécurité est sérieusement menacée – et ce ne sont pas les avions qui nous protégeront de ces dangers! Qui veut la sécurité à l’avenir, investit dans la cyberdéfense. Et qui veut être sûr d’avoir un avenir investit dans les domaines qui font progresser notre pays, c’est à dire dans l’éducation, la recherche et l’innovation.

De plus, cet achat est inutile du point de vue de la politique de sécurité. Notre espace aérien est défendu uniquement pendant les heures de bureau et en semaine. Comment donc justifier la nécessité soi-disant urgente de nouveaux avions de chasse? Par ailleurs, cet achat est dépourvu d’un concept clair qui prévoirait la sécurité de l’espace aérien sur plusieurs années et qui coordonnerait de manière logique les matériaux à acheter et leur nécessité en les examinant dans leur globalité. Car il y a des choses que les partisans du projet ne disent pas: après le vote sur les avions de chasse, une série d’autres achats relatifs à la sûreté de l’aviation, tels que des drones, un renouvellement la défense contre avions et la succession du F/A-18 seront mis à l’ordre du jour. La Suisse a besoin d’un concept qui clarifie la coopération avec les pays voisins de façon plus détaillée et qui analyse les risques de manière réaliste. Cela est indispensable pour relever les défis de l’avenir et ne signifie en rien une renonciation à notre neutralité, mais une adaptation logique aux changements de la situation sécuritaire.

Enfin, le Gripen est un projet à haut risque. La Suisse se lierait ainsi en tant que seul pays intensément et pour des décennies au sort de la société suédoise Saab et devra participer aux coûts de développement. Le Gripen E, modèle prévu à l’achat, n’existe pas encore, il s’agit en quelque sorte d’un avion en papier. A ce jour, le ministre de la Défense n’est toujours pas en mesure de dire s’il s’agit du modèle successeur d’un avion existant ou bien d’un avion qu’il s’agit de développer. Pourtant, le scandale du Mirage a conduit à la prise de conscience que la Suisse ne doit plus jamais acheter un avion qui n’est pas encore bien connu, mais uniquement des modèles qui ont déjà fait leurs preuves. Personne en Suisse n’a été autorisé à lire dans son intégralité le contrat visant à assurer nos risques; on fait entièrement confiance à une seule personne d’Armasuisse, qui a été autorisée, selon ses propres déclarations, à lire 15% du contrat d’assurance. Personne ne peut assumer ce risque la conscience tranquille, et nous n’avons pas le droit de le transmettre aux générations futures. Lors du prochain vote, il ne s’agit pas de dire Oui ou Non à l’armée. Même si les défenseurs du projet Gripen voudraient faire croire cela au peuple car que les arguments en faveur du Gripen sont maigres et incomplets. Dire Oui à une armée moderne signifie dire Non au Gripen.