Révolution dans la campagne électorale

Déjà maintenant, on se bat pour les listes électorales et les sujets phares des débats. Bien que la date des votations fédérales soit encore lointaine, sa silhouette se profile déjà très clairement. Pour ou contre le nucleaire, beaucoup ou peu de liberté d’action pour les banques, les pours et les contres d’une admission à l’UE et, inévitablement, la question des étrangers. Seul celui qui saura se positionner adroitement et qui connaîtra ses partisans pourra espérer un bon résultat. En début d’année déjà, l’année des grandes élections, les thèmes des campagnes électorales ont été définis.

Mais finalement le vent souffle dans une toute autre direction avec les événements du monde arabe. L’intérêt se concentre sur d’autres thèmes, nouveaux et différents. Soudainement, les discussions tournent autour de sujets tels que la démocratie, les réfugiés, la force du soulèvement, et les politiciens prennent leurs premières positions. La gauche veut aider, à droite on est déjà affairé à fermer les frontières et au centre on observe pour l’instant.

Au coeur du débat se trouve à présent la question des réfugiés. Accepterons-nous d’en accueillir quelques-uns, et si oui, combien? Ou bien devrions-nous envoyer au plus vite des fonctionnaires en Italie, pour prévenir à Lampedusa déjà, d’éventuels candidats requérants à un voyage (inutile) en Suisse.

Cette considération est trop étroite. Les mouvements révolutionnaires dans les pays arabes ont une force inouïe. Ils nous captent devant les postes de télévision, les cris de liesse après la démission de Moubarak nous touchent. Pourquoi? Dans les semaines et les mois qui viennent, c’est l’Histoire que l’on écrira.

En aucun cas l’actuel débat sur la révolution des pays arabes ne doit servir à exacerber le débat sur les étrangers

Une histoire qui devrait nous intéresser, non seulement en tant qu’observateur, mais aussi une histoire à laquelle la Suisse doit prendre part. Comment pourrions nous soutenir activement ces tentatives démocratiques encore fragiles ? Est-ce qu’il sera possible, dans le futur, d’être sûr que des dictateurs n’ont pas caché l’argent volé au peuple dans nos banques ? Et comment – en tenant compte de la situation d’urgence – proposer une politique d’asile raisonnable?

Des réponses à ces questions sont maintenant demandées. Les partis et les politiciens doivent clairement définir leur position et montrer le chemin au Conseil fédéral ainsi qu’à l’administration. Au Parlement, on a déjà réagi et pensé à mener un débat spécial durant la prochaine session. Le laps de temps dans lequel ces pays pourront se réorganiser est probablement de courte durée, et la manière dont ils le feront sera décisif pour la suite. Sans parler d’un débordement des mouvements démocratiques qui atteindraient la Chine.

«Le bouleversement dans le Proche Orient offre des chances à une meilleure coopération dans des sujets importants tels que le terrorisme, le changement climatique, la sécurité énergétique et le marché mondial » explique l’expert de la politique extérieure américaine Parag Khanna dans une interview pour le  «SonntagsZeitung». Voilà, nous avons dépeint le cadre global dans lequel s’étendra la palette des thèmes des élections 2011.

Ainsi s’avance, au centre de la campagne électorale, le sujet de la politique extérieure. Un sujet avec lequel la Suisse peine depuis longtemps. Moins en Suisse romande, pourtant, où l’on se sent plus ouvert au monde de par la proximité avec une France versée dans les relations internationales, qu’en Suisse alémanique.

En aucun cas l’actuel débat sur la révolution des pays arabes ne doit servir à exacerber le débat sur les étrangers. Ce serait une preuve de lâcheté qui doit être évitée. Révolution signifie bouleversement et c’est ce qui attend la campagne électorale Suisse.