Le PLR glisse vers l’UDC pour retrouver sa place à droite

Le PLR nouveau est arrivé! Plus musclé, plus oppositionnel, plus ferme sur ses positions et donc moins vendeur de compromis à venir. Le PLR version 2013 est bruyant, vif et remuant comme le premier mouvement politique venu. De toute évidence, il cherche à faire oublier le poids de l’histoire, de son histoire séculaire et riche de 69 conseillers fédéraux radicaux. Et ils sont nombreux les observateurs, mais aussi les adversaires et anciens alliés comme le PDC, à dénoncer cet arrimage du PLR à l’UDC.

«Le PLR trahit ses fondamentaux!» L’accusation, forte et sans nuance, est tombée comme un reproche de la bouche de René Rhinow dans le Blick il y a une semaine. Le libéral-radical bâlois, ancien président du Conseil des Etats, n’aime pas que son parti «adopte aveuglément la position antiétatique de l’UDC». Il fustige encore l’initiative en faveur du secret bancaire qui servirait, selon lui, avant tout à défendre l’évasion fiscale bien davantage que la sphère privée.

Le parti fondateur de la Suisse moderne est par conséquent tenu pour responsable des succès mais surtout désignée coupable des échecs du pays.

Le président du PLR Philipp Müller et Carmen Walker Späh, présidente des Femmes PLR, lors d'une réunion des délégués le 23 juin 2012. (Photo: Keystone)

Bref, pour beaucoup et même en son sein, le PLR glisse à droite, vire démago et simplificateur. Un peu à l’image de son nouveau président, Philipp Müller. L’Argovien a le style populaire qu’illustre un franc-parler peu en adéquation avec le monde policé de la banque, dont le parti a été pendant longtemps l’émanation et dont il cherche désormais à se distancier.

Conséquence politique directe: La Suisse est devenu ingouvernable. Désormais le jeu des trois partis plus grands partis gouvernementaux est l’opposition. Le PLR ayant rejoint le camp des éternels mécontents UDC et des victimaires socialistes.

Interrogé à ce sujet par 24heures, l’ex-conseiller fédéral PLR Pascal Couchepin partage l’analyse mais conteste le rôle des acteurs. «Mais non! Pourquoi toujours considérer le centre droit ou le PLR comme responsables de la situation actuelle? L’UDC et le PS ont construit leur succès sur l’intransigeance, c’est à eux qu’il faut demander des comptes», rétorque Pascal Couchepin.

Du côté des politologues, le glissement aussi a été constaté, mais beaucoup y voient d’autres raisons et notamment historiques. «Côté suisse alémanique, le PLR n’a jamais été un parti de centre droit étatiste comme en Suisse romande. Pour moi, le PLR est en train de revenir à sa place historique. La Suisse n’a jamais été gouvernée par le centre, mais bel et bien par une droite très à droite», suggère le politologue Andreas Ladner.

Cette hésitation entre le centre et la droite serait une constante chez le PLR, admet Olivier Meuwly. L’historien vaudois, spécialiste des droites en Suisse, parle lui aussi d’un retour vers une position qui est aussi historiquement la sienne, mais qu’il a cédée à l’UDC après une rocade dont a surtout bénéficié l’ex-parti agrarien. A les entendre, le PLR aurait oublié qu’il était de droite et perdu sa place. Les crispations internes actuelles seraient le résultat d’un retour à cette position politique précédente.

Un retour d’autant plus difficile qu’entre-temps, le PLR a perdu aussi son hégémonie sur la politique. Et paradoxe: toujours perçu comme une force puissante et influente, le parti fondateur de la Suisse moderne est par conséquent tenu pour responsable des succès mais surtout désignée coupable des échecs du pays. Ce parti, qui pesait encore 24% des suffrages en 1979, se morfond aujourd’hui à 16,7% et ce malgré son mariage avec le Parti libéral. Le PLR en a donc assez de vivre à crédit (celui de son passé) et politise désormais au présent, avec les instruments du moment: en montrant du doigt s’il le faut et en jouant la rupture s’il le doit.