Le parlement veut sauver la Suisse du Conseil fédéral

La Commission de sécurité du Conseil National a écrit, mardi, au Conseil fédéral pour lui faire part de ses regrets dans le dossier Gripen. Les parlementaires ne sont pas du tout satisfaits des réponses du gouvernement. C’est à la mode sous la Coupole fédérale lorsqu’on n’est pas content: écrire au Conseil fédéral. Sans oublier de le faire savoir à l’opinion publique.

D’ailleurs, à la mi-septembre, les présidents des quatre partis du centre (PLR, PDC, PBD et Vert’libéraux) ont également adressé leur lettre de doléances à la présidente de la Confédération Eveline Widmer-Schlumpf et exigé des réponses sur le processus d’acquisition des avions de combat. Ce trompe-l’œil cache mal l’intention vexatoire à l’encontre du ministre de la Défense Ueli Maurer.

Dans le dossier Gripen, comme dans tant d’autres, les parlementaires suisses font comme si l’urgence était telle qu’ils ne sauraient attendre et que les outils institutionnels du parlement leur sont peu utiles. Dans le domaine de l’asile, c’est flagrant. Alors que la ministre de la Justice Simonetta Sommaruga a lancé une réforme qui vise à accélérer les procédures d’asile, les partis bourgeois se sont livrés à une véritable surenchère de propositions urgentes. A croire que la Suisse est à feu et à sang.

Quand on est dépassé par les événements, feignons d’en être les organisateurs.

Agitation aux Chambres fédérales en ce moment, où beaucoup essaient de faire des propositions, parfois seulement pour exister. (Image: Keystone)

Didier Burkhalter, tout accaparé par la consolidation des bilatérales avec l’Union européenne, n’est pas moins épargné par ces simulacres. Le ministre des Affaires étrangères travaille sous la menace d’une initiative de l’UDC et chacune de ses propositions est caricaturée. Le plus simple étant toujours de singer les diplomates suisses en une espèce veule et traître. «Ils sont déjà sous le tapis quand ils arrivent à Bruxelles. Si c’était moi le négociateur, cela ne se passerait pas comme ça!» a résumé le vice-président de l’UDC Oskar Freysinger lors d’un débat télévisé. L’argument est viril… On se contentera de le qualifier ainsi.

Le Parti socialiste, lui, prend un soin tout particulier à tirer à vue sur le ministre de l’Economie Johann Schneider-Ammann. Il est vrai que la libre circulation des personnes et notamment les mesures d’accompagnement sont des thèmes chers, sinon cajolés avec jalousie, par le PS. Résumons la position socialiste dans un pays qui accuse un taux de chômage à 2,8%: le conseiller fédéral bernois est soit un incapable sous influence des lobbys industriels dont il est issu, soit un homme bien inspiré de suivre les propositions du PS. Jamais, il n’est l’acteur de quoi que ce soit.

Quand on est dépassé par les événements, feignons d’en être les organisateurs. La maxime est illustrée à merveille par l’agitation des partis et des politiciens suisses. Ces derniers mois, ils ne cessent, de conférence de presse en interpellation parlementaire, de sauver la Suisse. Ou avec à peine moins d’égocentrisme, d’afficher leur impatience et leur désapprobation avec roulement de tambour et trompettes.

Le phénomène a toujours existé, mais il prend en cette première année de législature des proportions hors du commun. C’est l’«agit-prop’» permanente au Palais fédéral. La cause? Avec un gouvernement en manque de leadership et un parlement plus morcelé que jamais après l’émergence des petits partis, chacun essaie de se positionner. Et de donner l’illusion que c’est bien lui qui dicte l’agenda politique du pays.